Un sac sur le dos
Amandine

Partir. Quitter. Poursuivre. Autant de déchirures qui jalonnent le voyage. Mais il y a des départs plus douloureux que d’autres…

Certains voyages nous marquent davantage. Pourquoi ? Impossible de s’arrêter sur une raison unique. Une ambiance particulière. Des rencontres émouvantes. Des paysages ressourçants. Une gastronomie orgasmique…

Voici mon récit intime de 6 endroits au monde où j’ai laissé un petit bout de mon âme…

Argentine : Puerto Deseado

La Patagonie m’a marquée au fer rouge. Une révélation à laquelle je ne m’attendais pas. Je n’étais pas prête à vivre une histoire d’amour avec ces terres désolées du bout du monde… Mais l’on ne choisit pas de tomber amoureux, d’une personne ou d’une région. Les mots ne suffisent pas à expliquer ce phénomène paranormal qui vient bousculer nos esprits cartésiens. Aujourd’hui encore, je ne peux m’empêcher d’être nostalgique en pensant à ces contrées lointaines, et particulièrement à Puerto Deseado. Une parenthèse à part dans notre voyage Back To America. Par un concours de circonstances improbable, de ceux que l’on ne rencontre que quelques fois au cours de sa vie, nous avons atterri au quartier général de la Fondation Conociendo Nuestra Casa (Connaissant notre maison) suite à un voyage réalisé sur le thème de Game Of Thrones en Irlande du Nord. Les voies du destin sont impénétrables. Comme souvent, une belle rencontre est le début d’une chaîne positive, de celle qui donne envie de croire que l’homme est bon. C’est ainsi que nous avons rencontré Ricardo et sa fille, Flor. Un accueil en famille. Chez eux, le « Faites comme chez vous » n’est plus une formule de politesse, mais une générosité qui coule de source. Pas besoin de mettre des mots sur ces moments de complicité et de rire, ces repas partagés ou ces longues heures de proximité à bord de leur voiture à sillonner les routes patagonnes. Un regard suffit, surtout avec Ricardo. Si fier… Et si pudique à la fois. Mais nous n’étions pas dupes : son grand cœur ne pouvait être dissimulé derrière sa petite carapace. Une carapace qui nous a empêchés de pleurer une semaine plus tard, lorsque l’appel de la route s’est refait sentir. « Flor ne vous accompagne pas au bus, sinon elle pleurerait sûrement. » Oui… Et elle ne serait pas la seule. Une digne poignée de main nous sauve des effusions sentimentales. Nous savons l’un comme l’autre que les adieux sont douloureux. Mais je n’ai pas pu me contenir très longtemps. Dès le coin de rue tourné, des larmes se sont échappées…

Voyage sur les routes de Patagonie argentine, avec un père et sa fille

Italie : Sicile

Encore un beau coup du destin ! Lors de notre second voyage au Pérou, il y a deux ans déjà, nous nous sommes retrouvés à Nasca dans une petite voiture cabossée avec deux autres voyageurs. Des Italiens. Siciliens même !

Quelques mots échangés ont suffi pour nous donner envie de partager leur route. Évidemment, quand on commence à parler de gastronomie sicilienne avec François, c’est presque trop facile !

Nous passons plusieurs journées ensemble. À Cuzco, Aguas Calientes et au Machu Picchu.

Nous fêtons, de retour de notre visite du célèbre site inca, un moment unique dans l’histoire de leur couple : ils se sont symboliquement mariés au Temple du Soleil. En toute discrétion : une promesse d’une personne à une autre. Un anneau échangé, et l’envie de marquer leur volonté d’unir leurs destins. Un lieu bien choisi pour ces deux amoureux de voyage et d’histoire (l’un d’eux étant un archéologue !).

Au moment des adieux au Pérou, une invitation est lancée, comme un dernier défi :

Quand vous voulez, vous serez toujours les bienvenus chez nous, en Sicile. On vous emmènera manger la meilleure pizza de l’île !

L’estomac de François ne pouvait résister à pareille proposition. Quelques semaines plus tard, dans le plus grand secret, il organise un voyage-surprise pour mon anniversaire.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Une fois dans l’appartement de nos deux amis, ceux-ci nous accueillent les bras ouverts et nous font visiter leur petit studio… Puis nous tendent les clés et font mine de nous laisser.

Jamais nous n’avons vu des gens aussi gentils que les Siciliens (ou les Salvadoriens peut-être ? Mais c’est une autre histoire que je vous raconte plus bas !). Nos amis, vu la petite taille de leur appartement, avaient décidé de nous laisser l’espace et d’aller vivre quelques jours dans la chambre d’amis d’une de leur proche ! Et cela ne s’arrête toujours pas là. En plus de recevoir la clé de chez eux, nous recevons celle de leur scooter !

Nous avons passé de succulents moments avec eux (et la pizza promise était à la hauteur de nos espérances !). Et oui, ici aussi, j’ai pleuré en partant. Sans retenue, sans gêne. À l’image de nos hôtes, des larmes généreuses et décomplexées.

Petit déjeuner typique : la granita

Chili : Île de Pâques

Pourquoi cette île marque-t-elle tant les esprits des voyageurs qui y ont séjourné ? Ce mystère m’entêtait… Jusqu’à ce que je pose les pieds sur cette île du bout du monde.

Une aura si accueillante ! Une bouffée de douce chaleur nous envahissant dès les premières minutes pour ne pas nous quitter jusqu’au décollage de l’avion de retour, huit jours plus tard.

Les colliers de fleurs reçus à l’aéroport ne sont qu’un signe parmi d’autres. La douce nonchalance des habitants de l’île de Pâques, couplée à leurs racines polynésiennes et leur grand sourire donnent tout de suite le ton.

Dans peu d’endroits au monde nous nous sommes sentis directement bien. Si bien !

Huit jours peuvent paraître beaucoup pour visiter cette petite île, réputée désolée et vide. Et pourtant… Nous ne voulions plus partir !

En quittant la petite cabane où nous logions les derniers jours, la propriétaire est venue nous saluer… Et nous offrir à chacun un collier de coquillage. De ceux que l’on ne trouve que sur l’île.

Pour ne pas nous oublier, ajoute-t-elle. Pour vous porter chance et que vous reveniez sur notre île.

Un jour, c’est promis, nous reviendrons…

Mais en attendant, de douces et chaudes larmes glissaient sur mes jouent alors que nous tournions le dos au village pour rejoindre l’aéroport.

Moaï, mon beau Moaï, dis-moi où te portent tes pensées ?
Pour poursuivre la lecture à l’île de Pâques :

Équateur : Galapagos

Encore une île qui fait rêver… Et a raison ! Les Galapagos sont à ce jour ce que nous avons trouvé de plus proche du paradis sur terre !

Dans le cadre d’un projet de volontariat, nous sommes restés 6 semaines sur l’île de San Cristobal. Six semaines qui sont passées à une vitesse hallucinante. Et pourtant, les derniers jours, alors que nous faisions progressivement nos adieux, nous nous sommes rendu compte à quel point nous sentions chez nous. Nous faisions partie de l’île et du village.

Saluer la vendeuse du petit magasin, caresser le chien des voisins venus nous accueillir, faire signe aux enfants sur le trottoir d’en face, aller voir Pepe la tortue, manger une glace de banane gelée face à la mer en compagnie des lions de mer… Des habitudes devenues rapidement si naturelles et dont il est si difficile de se défaire au moment du départ !

Pour ce premier voyage au long cours, nous n’avions pas de date de retour prévue, seulement une limite budgétaire :

Quand on n’a plus d’argent, on rentre !

Et lorsque nous sommes arrivés aux Galapagos, un choix s’est imposé à nous : prendre ou ne pas prendre de cours de plongée ? Un choix qui trouva sa réponse aussitôt la question posée : découvrir le monde sous-marin de l’île avait un prix que nous étions prêts à payer, quitte à devoir raccourcir la durée de notre séjour… Ce que nous avons dû faire. Les Galapagos ont signé la fin de notre première aventure latino-américaine.

Le retour au continent amorçait donc également le retour en Europe et la fin de notre premier voyage au long cours.

Je me souviendrai toujours de ma dernière glace sur la promenade de bord de mer de San Cristobal, ou j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, au milieu des pélicans et otaries…

Jeune lion de mer venu jouer
Pour poursuivre la lecture aux îles Galapagos :

El Salvador : San Salvador

Il y a des rencontres qui sortent de l’ordinaire… Et celle-ci en est une. La rencontre d’une famille au destin incroyable et, surtout, le récit d’un père à l’époque de la guerre civile salvadorienne.

Une rencontre qui prouve que les héros ne sont pas que des personnages de fictions peuplant les romans et les films. Certains sont de chair et d’os, inconnus du grand public, vivant dans l’anonymat le plus complet. Et c’est le cas de mon héros salvadorien.

Ce héros s’appelle Antonio. Pour ceux qui lisent l’espagnol et voyagent en Amérique centrale, essayez de vous procurer le livre qui raconte sa lutte : « Para romper el silencio – Resistencia y lucha en las carceles salvadoreñas » (Pour rompre le silence – Résistance et lutte dans les prisons salvadoriennes), écrit par Claribel Alegria et D.J. Flakoll.

Il est pratiquement introuvable. Et j’ai eu la chance de le recevoir des mains même d’Antonio, avec cette dédicace qui m’est allée droit au cœur :

Para Amandine y François, con mucho cariño y admiración, Antonio

Pour Amandine et François, avec amour et admiration, Antonio

« Admiration » ? C’est le monde à l’envers ! Cet homme mériterait l’admiration de tous ses semblables ! Mais c’est ainsi qu’il est : humble, tourné vers les autres et les mérites de la collectivité, plutôt que sur l’individualisme et la compétition.

Les mots me manquent pour parler de cet homme. Alors j’ai décidé de vous partager un cours extrait du livre « Pour rompre le silence », une note des auteurs pour clarifier leur ouvrage :

Tono (Antonio) a la tendance, dictée par son humilité révolutionnaire, à presque toujours parler à la troisième personne et au pluriel. Il n’utilise le « je » que quand c’est absolument nécessaire. Il préférera toujours dire « nous avons fait ceci » ou « nous avons fait cela ».

Un regard doux et intelligence, un esprit vif et éclairé, une générosité sans limites… Nous avons été accueillis comme en famille chez Antonio. Ici, pas besoin de la formule « faite comme chez vous »… car nous sommes chez nous ! Pas une fausse note au tableau. Nous nous sommes sentis tellement chez nous que nous ne voulions plus partir…

Sans aucune honte, j’ai pleuré en quittant leur petite maison, tout aussi humble que la famille qu’elle abrite…

Comme un air de Che

Mexique : Mérida

Partir loin, partir longtemps : un rêve dont on ne se défait pas. Et même si l’on part, l’on pense déjà au prochain voyage. Notre premier voyage au long cours date d’il y a 6 ans. Nous avons attendu (presque) sagement pendant 5 longues années avant de repartir pour plusieurs. Notre plan : « Back To America ». Une année pour découvrir les Amériques du Sud au Nord.

Sauf que…

Sauf que, les plans à long terme, même lorsqu’il s’agit de voyage (ou surtout s’il s’agit de voyage ?), c’est difficile à tenir. Les imprévus. Les hasards de la route. Les rencontres. Les envies de spontanéité…

Changement de programme : nous avons décidé de couper notre année sabbatique en deux. Après 6 mois passés en Amérique latine, nous quittons le Nouveau Continent pour rentrer vers le « vieux » (et en profiter pour assister au Salon des Blogueurs Voyage… et casser le Trophée ! Mais c’est une autre histoire !).

Notre point de retour : Mérida.

Mérida : que cette ville m’a fait du bien ! Après l’ambiance « paradis artificiel » de la Riviera Maya et la longue attente à Cancún (pour une pièce pour mon ordinateur défectueux), la ville coloniale de Mérida a été comme un second souffle. Des ruelles, une place principale, de vieilles églises, des bâtisses colorées et à taille humaine… Ouf ! On respire (malgré les pics de chaleur !).

Mais en arrivant à Mérida, j’avais déjà l’esprit nostalgique : je savais que la fin approchait.

Mérida, c’est le début de la fin.

Mais Mérida, c’est aussi une promesse d’un retour en terre promise. L’envie de poursuivre ce voyage inachevé au Mexique. Oui, j’étais heureuse de rentrer en Europe pour revoir mes proches… Mais je l’avoue, quand les roues de l’avion ont quitté la terre, je n’ai pu retenir mes larmes plus longtemps.

Mérida, tu me manqueras…
Pour poursuivre la lecture au Mexique :

Pleurer en voyage : coup de cœur ou crève-cœur ?

Je sais, je sais… Je suis une grande sentimentale. Je pleure en lisant certains livres ou en regardant certains films qui me touchent parfois à un point tel que je suis incapable de les revoir, même (ou surtout ) s’ils sont magnifiques.

Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire suite à ces quelques histoires, en voyage je pleure rarement. Même si toute étape qui se termine est une page qui se tourne et qui annonce inexorablement la fin du voyage (et la déprime qui l’accompagne souvent)…

Les séparations sont pour moi des étapes temporaires : des « au revoir » et rarement des adieux. Je n’ai pas besoin d’un toi fixe ou de repères matériels. La chaleur humaine est ma seule nécessité.

… Et c’est aussi ma principale faiblesse. Les « trop » belles rencontres sont de vrais pièges émotionnels !

Et vous, avez-vous déjà succombé aux pièges du voyage au point d’en pleurer ? Des anecdotes de voyage à partager ?  

53 réponses à “Les pays où j’ai pleuré en partant”

  1. Well done!!! tes articles m’ont donné les larmes aux yeux… parce que voyager et devoir quitter des personnes , un endroit une atmosphere fait que le pincement au ventre se fait sentir et on se sent si triste.. triste de laisser des gens si génereux, triste de ne pas pouvoir remercier à la hauteur de ce que l’on a reçu, triste de ne pouvoir rester plus, triste mais en fait si heureux d’avoir eu ces moments si inoubliables. Parce que finalement « happiness is not a destination, it’s the way to travel » !

    • Merci Carole… Même si l’intention n’était pas de faire pleurer tout le monde à la base 😉
      « Ne pas pouvoir remercier à la hauteur de ce que l’on a reçu » : cela me parle tout à fait ! J’éprouve fréquemment ce sentiment…

      Et j’aime beaucoup ta citation finale, tellement vraie : « happiness is not a destination, it’s the way to travel ». Une philosophie de vie ! 🙂

  2. Certains départs sont plus difficiles que d’autres, c’est vrai ! Pour ma part, j’ai surtout pleuré le jour ou j’ai du quitter le Sénégal. Je n’y étais resté pourtant que deux semaines, en voyage humanitaire. Mais le temps passé la bas fut tellement incroyable et les évènements si intenses que le départ fut plein d’émotion ! Cela reste un très bon souvenir…

    • Salut Pascale, merci pour ton message et ton partage d’expérience. Je pense que les voyages humanitaires sont souvent très intenses, du fait de la proximité, de l’échange, de la recherche de contact et de partages mutuels… De quoi rendre le départ encore plus difficile ! 😉

  3. Bel article <3 Je ne connais encore aucun de ces lieux mais ça va venir 🙂
    Je peux te demander quel a été ton bénévolat aux Galapagos stp? J'hésite à y aller (question de budget) mais peut-être que si je trouve un endroit ou travailler contre l’hébergement et peut-être la nourriture je pourrai l'envisager… Je pars pour l’Équateur cet après midi depuis le Pérou. Merci.

    • Merci Jenny ! Je te souhaite de pouvoir découvrir tous ces lieux un jour et d’y prendre autant de plaisir que celui que j’ai pu vivre !

      Pour ce qui est du bénévolat aux Galapagos, cela remonte à il y a 7 ans maintenant, avec une association que je ne recommande pas (et avec ce bénévolat, nous n’avions aucun « avantage » niveau logement ou autre, nous devions nous débrouiller de notre côté)… Le mieux, c’est de chercher en ligne (ce que j’avais fait à l’époque) et sur des plateformes, genre Travel With a Mission.

      Bonnes recherches et surtout bon voyage ! 🙂

  4. Très bel article ! De nombreux souvenirs de departs me reviennent en tete, de magnifiques souvenirs, souvent accompagnés de larmes effectivement ! 😉

    • Merci beaucoup Marion, ces compliments me vont droit au coeur ! Les souvenirs sont puissants… et à double tranchant ! Mais même s’ils nous font verser quelques larmes, ce sont souvent des larmes de douce nostalgie, et pas de grande tristesse (enfin, dans mon cas en tout cas) 🙂

  5. Très bel article. Pour ma part c’est étrange, je crois que je n’ai pleuré en voyage qu’à Miami, lorsque j’ai appris que j’étais embauchée pour vivre les 6 mois suivants à Montréal loin de mes proches et de mes habitudes. C’était davantage des larmes de joie que de peine au final : enfin vivre une expérience d’expatriée. Donc au final on peut dire que la seule fois où j’ai pleuré en partant d’un pays… C’était de France ^^

    • Un tout grand merci Camille ! Un article écrit avec le coeur : je suis contente qu’il touche d’autres voyageurs 🙂

      Les larmes de joie sont les plus douces de toutes ! Quelle belle expérience que de séjourner 6 mois à Montréal ; j’ai vécu un épisode d’expatriation similaire, avec un stage de 5-6 mois à Québec (et j’ai adoré ça !). Si tu es toujours sur place, profites-en bien !

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