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Un sac sur le dos Un sac sur le dos
Amandine

Avez-vous déjà remarqué à quel point l’être humain aime être différent ? Il suffit d’observer autour de soi pour entendre des personnes clamer fièrement qu’elles ne font pas comme les autres. Le marketing a bien compris l’importance de ce mouvement, utilisé maintes fois dans les campagnes publicitaires, depuis le célèbre « Think different »  jusqu’au récent « I’m not like everybody else ! » .

Sur les routes, il m’est arrivé de croiser certains voyageurs se targuant d’être différents : « Je ne suis pas un touriste, je ne suis pas comme ces moutons qui visitent tous les mêmes sites ». Être différent semble leur apporter une certaine fierté. Mais quel mécanisme il y a-t-il sous cette opposition ?

De la volonté d’être différent à la fierté d’être unique

Moi je ne suis pas comme eux.

Derrière ce droit d’être distinct, recherché dans l’opposition, se cache une quête identitaire : celle qui permet de s’assumer face aux autres et d’acquérir son autonomie psychique. Lorsque la démarche est bien faite, elle permet à la personne de s’assumer graduellement, en tant qu’être unique et différent. Mais la route est longue pour arriver jusque-là…

C’est en « prenant le risque » d’affirmer et d’être ouvertement nous-mêmes que nous parvenons à nous assumer dans notre singularité et notre différence. Personne n’a le pouvoir de nous donner cette liberté intérieure; il faut la gagner. (Michelle Larivey)

Le développement du sentiment d’identité par la différence

Du nourrisson au jeune enfant : premières oppositions

La question de l’identité par la différenciation nous préoccupe dès le plus jeune âge. Après une première phase de fusion, le bébé commence à comprendre que sa mère ne fait pas partie de lui lorsqu’il saisit que, malheureusement, il ne reçoit pas de lait sur simple désir.

A partir de cette triste prise de conscience, l’enfant tentera de mettre un peu d’ordre dans ce vaste monde : qu’est-ce qui est moi versus qu’est-ce qui est extérieur à moi, qu’est-ce qui est de mon groupe versus étranger, qu’est-ce qui est comme moi versus différent…

Le nourrisson, dès l’âge de 3 mois, développe ainsi la faculté de catégorisation, prototype de l’acte intelligent. Ensuite, le bébé traverse la célèbre phase de l’angoisse du 8ème mois, où il distingue le familier de l’étranger. Plus tard, il s’affirmera avec son mot préféré : non, qui apparaît vers 12 à 18 mois, pour traverser ensuite la crise d’opposition à ses 3 ans. Par ces attitudes de refus, l’enfant conquiert son autonomie.

Le moi se pose en s’opposant

Bien sûr, le développement ne s’arrête pas à ces tendres années. Une fois à la maternelle, le petit garçon dira fièrement « les filles c’est nul ! » – afin de s’affirmer dans la construction de son identité sexuée, manière dont il prend conscience qu’il est un garçon et non une fille.
Le jeune enfant tombera alors dans les stéréotypes de genre de son groupe social, par exemple : les filles aiment le rose, les garçons jouent avec des camions de pompier, les petites filles sont douces et coquettes, les petits garçons préfèrent les jeux physiques et compétitifs…

L’adolescent : retour aux crises d’opposition

Punk

Mais le phénomène d’identification par similitude/différence ne s’arrête pas à cet âge précoce : à l’adolescence, le jeune entre dans une nouvelle phase de questionnement social et d’opposition. L’adolescence est typiquement une phase de la vie où la définition de qui l’on est passe par un positionnement social :

Je suis pas comme vous, les vieux ; votre musique est pourrie… Je suis comme ceux de ma bande, j’aime Justin Bieber, il est trop swag. Vous êtes ringards…

En un mot : « Je suis je : semblable à mes pairs, et différent de vous ».

L’adulte : enfin un brin de sagesse ?

Peut-on s’imaginer que parvenir à l’âge adulte, c’est évoluer, gagner en maturité et lâcher cette méthode primitive d’identification et définition de sa personne, en prenant du recul et en étant capable de se positionner avec nuance ?

Ce n’est pas aussi simple ! Une fois dans le monde des adultes, comment continuons-nous à nous définir ? Par nos études, par notre profession, par notre nationalité, par nos croyances… Des critères extérieurs à soi, qui permettent de se classer : je suis comme eux et différents des autres.

Pourquoi, dans le monde professionnel, il y a t-il des tensions entre équipes différentes : il y a t-il une réelle compétition créée par la nature même du travail, par la culture de l’entreprise… ou en est-on resté au stade de la maternelle : « ma classe, c’est la mieux, les autres ils sont nuls » ?

La folie de vouloir être différent à tout prix

Vouloir se définir par sa différence, cela signifie se positionner par rapport à une norme, et donc en fonction des autres. Les personnes qui ont recours à cette approche primaire en sont restées au stade du « les filles c’est nul ! ».

Je pense à ces voyageurs croisés sur les routes qui se voulaient « différents » : ne pas voir les lieux trop communs, ou ne pas les faire comme les autres : il faut FAIRE différent pour ÊTRE différent. Peu importe ce que font les autres, peu importe leurs convictions, pourvu qu’eux puissent se démarquer.

Je revois ces trois hippies français dans la jungle amazonienne, qui nous regardaient d’un air hautain, procuré par le sentiment d’être au-dessus du commun des mortels :

Nous ne sommes pas comme les autres touristes, nous ne voulons pas faire les tours habituels, nous voulons être plus en contact avec la vraie (sic!) nature.

Mais c’était alors la saison des pluies, impossible de s’enfoncer plus profondément dans la jungle… Il ont ainsi perdus trois jours à chercher quelque chose d’impossible à obtenir, juste pour satisfaire leur égo. Mais l’aventure ne s’arrête pas là, une fois arrivé au même refuge que nous, ils décident de « faire différent » : ils ne dormiront pas dans les chambres, protégés derrière des moustiquaires, mais sur les hamacs à l’extérieur, pour être en contact avec la nature… Ils voulaient de la nature, ils en ont eu, sauf que c’est plutôt avec les moustiques qu’ils ont été en contact cette nuit-là ! Le lendemain, ils ont insisté pour avoir des tentes pour dormir dans la « vraie » jungle. Ils sont partis au soir, nous n’en avons plus jamais entendu parler…

J’en passe et des meilleurs, mais ces hippies, au-delà de leur obstination risible, m’ont poussée à me questionner sur le statut de touriste/voyageur et sur cette volonté profonde de l’homme à vouloir être différent.

Qui est-on lorsque l’on se définit par les autres ?

La faiblesse principale de ce raisonnement est qu’à aucun moment l’on ne se positionne par rapport à soi-même. La question de « qu’est-ce je que je veux moi ? » n’a aucune importance face à ces considérations comparatives.

Mais comment se définir si ce n’est en se comparant à des normes ? Est-ce réellement possible ? Cette vaste question sera débattue dans un prochain article.

Pourquoi veut-on se sentir différent ?

Être différent, c’est être unique. Tel Marty, le zèbre de Madagascar qui est fier d’être noir avec des rayures blanches, à l’inverse de ses sembables blancs à rayures noires.

L’homme, face à une multitude de semblables, pareils et différents en même temps, éprouve le besoin de donner du sens à son existence, de se sentir utile pour exister en tant qu’entité propre, et donc unique. Se donner ce sentiment d’être à part pousse l’homme à vouloir être reconnu, célèbre… et « faire quelque chose de sa vie ».

Charlie Winston l’exprime parfaitement :

Je veux être unique, comme tout le monde !

Sans doute est-ce une des réponses trouvées par l’homme pour faire face à l’absurdité de la vie. Car ne l’oublions pas, nous ne sommes que poussière d’étoiles : nos vies n’ont aucune importance à l’échelle de l’univers.

Être unique, c’est être seul ?

L’homme veut se définir en se différenciant, pour affirmer son individualité… Mais pas trop quand même, car derrière la réalité d’être unique se cache la peur d’être seul. Être unique permet de ne plus se sentir perdu dans la masse, d’éviter la solitude de l’anonymat. Mais à l’inverse, être unique, c’est aussi être seul face au monde.

Ainsi en s’opposant pour s’affirmer, l’homme tend à rejoindre d’autres contestataires, pour s’inscrire dans leur mouvement de pensée, et ainsi ne plus être seul à s’opposer. Tout le paradoxe de s’opposer pour se différencier… et se rapprocher.

En prétendant vivre hors du monde et ne pas avoir besoin des autres, c’est en réalité tout le contraire qui se cache derrière cette mécanique de différenciation. Ces personnes dans l’opposition ont un grand besoin du regard des autres. Ils se trouvent ainsi pris dans une recherche narcissique de plaire aux autres, de forcer leur admiration, pour pouvoir renforcer leur personnalité construite en miroir (inversé) des autres.

L’homme est un être profondément social, qui ne peut s’empêcher de communiquer et d’être en lien : tout est communication, même le refus de communiquer. Ainsi, tout est lien entre les hommes, même la volonté de se différencier.

Du mouton blanc au mouton noir

En conclusion, se définir et établir les bases de son identité sont de véritables challenges, et nous avons bien besoin de toute une vie pour nous y atteler !

Que ce soit sur les routes ou dans le quotidien, se définir comme le mouton noir, celui qui est différent et ne suit pas le troupeau dans le précipice, peut paraître grisant et valorisant.

Être différent n’est pas une valeur en soi : ce n’est ni bien ni mal. Il dépend du contexte et de l’interprétation. Allez dire à quelqu’un qu’il ne ressemble à rien ou plutôt qu’il est unique, la réaction ne sera pas la même, et pourtant le contenu n’a pas varié !

Mais ne nous arrêtons pas à ces leurres et à ces mécanismes identificatoires primaires. Le véritable défi, c’est de se connaître suffisamment pour agir en accord avec ses principes et réaliser ses propres objectifs de vie.

25 réponses à “Pourquoi veut-on tous être différent ?”

  1. Bonsoir à tous, restons simple et vous dire que le voyage et une richesse d’échange d’écoute et de partage, c’est ce qui fait le lien entre les êtres, rien de plus.

  2. Bonjour Madame,

    je n’ai en tête que votre conclusion: le véritable défi, c’est de se connaitre suffisamment pour agir avec ses principes et réaliser ses propres objectifs de vie.
    Alors, vous résumez en quelques lignes pour moi le but de la philosophie et des méthodes de développement personnel
    Pouvez vous me donner votre nom et prénom: je ne peux citer votre citation sans connaitre l’auteur
    merci
    Bonne Journée.

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